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CRAZYPROF

La Balançoire 2

25 Juillet 2014, 20:45pm

Publié par crazyprof

La Balançoire 2

Ceci est la suite de mon article Potentiel évoqué 3 La Balançoire.

Les trois quarts d’heure de train que dura son trajet de retour en train chez elle, elle ne s’en souvint jamais. Elle n’avait pas eu la force de prévenir sa meilleure amie. Elle se retrouva simplement roulée en boule pelotonnée sur son lit à pleurer. Elle ne s’était pas changer, n’avait pas allumé la lumière. Elle n’avait pas eu non plus le courage de décrocher son téléphone. Elle n’avait pas envie, plus envie. Incapable de penser, incapable d’autre chose que d’entendre en boucle les mots qui l’avaient achevée. Pour elle, le temps s’était figé sur cette balançoire avec ces mots. Son appartement d’étudiante lui paraissait étouffant, étriqué, trop plein de lui, d’eux. Elle a mis en boucle un album sur la chaine…Dave Stewart et Annie Lennox lui clament que « Love is a stranger […] It distorts and deranges And it wrenches you up And you're left like a zombie »

D’épuisement, à bout de larmes, elle finit par s’endormir et faire des cauchemars. Vers cinq heures, la sonnerie de l’interphone la réveilla. Elle alla répondre, espérant contre tout espoir que c’est lui. Hélas non, c’était son meilleur ami, C. Elle ne comprit pas, il était censé être parti pour le weekend. Il la regarda, la prit dans ses bras et lui dit : « Il m’a appelé, il avait peur pour toi, il espérait que je ne te laisserais pas toute seule, et il avait raison. »

Ils discutèrent le restant de la nuit. Elle vécut les six mois qui suivirent comme détachée, hors du temps, elle dirait plus tard que ça avait été comme une parenthèse. Elle faillit s’enfuir en hurlant du mariage de sa sœur ainée où tous lui disait que la prochaine fois, ça serait son tour…Elle reprit sa vie petit à petit, doucement mais pas complètement. Ou du moins pas tout de suite.

Quatre ans plus tard, quelque part en Pennsylvanie…

L’été indien recouvre de ses couleurs dorées le campus où elle enseigne le français depuis deux ans déjà. Elle grimpe les escaliers et rentre dans le salon. Elle voit une grande enveloppe couverte de timbres avion qui vient de France mais elle ne reconnait pas l’écriture. Intriguée, elle saisit l’enveloppe et la déchire. Un cahier en tombe ainsi qu’une feuille de papier et une enveloppe avec son prénom écrit par lui. Elle se met à trembler de tous ses membres. Elle lit la première lettre :

Bonjour,

Je suis le père de F. Nous nous sommes entrevus à son enterrement il y a deux ans et demi maintenant. Il y a quelques mois, sa mère et moi avons enfin eu la force de ranger et trier ses affaires. J’ai eu du mal à vous retrouver mais je crois que cette lettre et ce cahier sont pour vous. J’espère que vous n’en voudrez pas à votre ami C. qui nous a donné votre adresse actuelle. J’ai aussi pour vous à la maison quelque chose qui vous appartient, vous comprendrez. Contactez nous si vous le souhaitez et si vous avez vraiment aimé notre fils. »

Eperdue, elle regarda la lettre cachetée et le cahier comme s’il s’agissait de deux serpents, deux boulets la tirant en arrière. Elle sentit la colère montée, elle n’avait pas réussi à remonter la pente, mis six mille kilomètres entre elle et son passé pour se retrouver douloureusement au même point. Tel un automate, elle se saisit des deux objets et elle sortit, dévala l’escalier et courut vers le lac. Elle avait besoin des eaux apaisantes.

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