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CRAZYPROF

Le plus beau métier du monde...ou le plus dangereux?

5 Juillet 2014, 12:46pm

Publié par crazyprof

J'ai eu un goût amer dans la bouche une bonne partie de la journée hier après avoir entendu l'annonce de la mort de cette jeune institutrice à Albi.

Une grosse pensée d'abord pour son mari, ses filles et toute sa famille.

Mais ce qui m'a perturbée toute la journée ce sont deux choses: premièrement la pensée de ses enfants qui ont vus leur "maîtresse" mourir sous leurs yeux et deuxièmement ma première réaction après la tristesse: ça devait arriver!

Pourquoi ai-je réagi comme ça: à cause de ma propre expérience de professeur de collège et lycée, pourtant dans le privé et pas dans des établissements à risque. Il faut dire que même dans ses conditions quasi idéales, à mon petit niveau, j'aurais déjà pas mal de choses à raconter: un pare-brise cassé sur le parking pour cause de mauvaises notes, des agressions verbales récurrentes, une collègue menacée etc... Et une institution qui ne soutient pas ses enseignants. Je m'explique en vous donnant trois exemples:

- Une de mes collègues se fait menacer par un élève de première: "et toi sale p*** j't crèverai toi et tes deux gosses! Je sais où tu habites et où ils vont à l'école!" Je me trouvais dans la classe d'à côté et j'ai donc entendu... à toutes les deux, nous essayons d'amener le charmant jeune homme chez le directeur. Il est plus rapide que nous et sort de l'établissement . Nous allons chez le directeur, lui en parlons...le jeune est convoqué dès son arrivée au lycée le lendemain avec ma collègue. Il fait des excuses. Il s'en sort sans aucune autre sanction. Ma collègue elle, se fait fermement réprimander. Pourquoi? mais parce qu'il faut savoir tenir ses élèves...Je précise que la collègue en question n'avait vraiment aucun problème d'autorité... Deux jours plus tard, ses pneus de voiture sont crevés sur le parking. Elle le signale à la direction...qui interroge le jeune, qui, bien sûr jure qu'il n'y est pour rien! Et ça passe puisqu'il n'y a aucune preuve. Sans preuves définitives, ça n'est pas anormal, il faut savoir ne pas être injuste. Ma collègue va néanmoins porter contre x à la police. Normal aussi je trouve! eh bien même après que la police ait fait son travail et prouvé que le jeune homme était responsable... et bien ma collègue a été sanctionnée sur sa note administrative pour avoir porter plainte: manque de collégialité et manque de prise en compte des intérêts de l'établissement... donc des conséquences sur sa carrière, d'autant que, de dépit, le chef d'établissement a déclenché une inspection de ma collègue. Cela s'est retourné contre lui car l'inspecteur a augmenté la note pédagogique... donc rattrapé la mauvaise note administrative.Ce que je vois, c'est que l'élève n'a eu aucune sanction scolaire mais que l'enseignante oui: message donné: l'enseignant a tort!

- Deuxième exemple: J'ai eu dans ma classe de quatrième un élève donc le comportement envers le sexe opposé relevait, je pense, de la psychiatrie. Il était entre l’exhibitionnisme et l'obsession sexuelle. La chef d'établissement le savait. Elle a malgré tout omis de prévenir l'équipe pédagogique...Les problèmes se sont bien vite accumulés...mais la directrice écoutait les parents de cet élève...pas nous qui devions gérer au quotidien. Il a fallu que les parents d'une petite fille de sixième portent plainte à la suite d'une agression sexuelle caractérisée ( je précise que, du moins à ma connaissance c'était la première fois que son comportement dépassait le stade de menaces verbales... du moins dans notre établissement) pour que les choses bougent: mise en traitement du garçon et plainte contre l'établissement et donc blâme pour l'équipe éducative pour non signalement de mineur en danger... alors que c'était la direction qui nous l'avait interdit... Certes la directrice en a perdu sa place mais, une fois de plus, l'élève et ses parents avaient raison et j'estime que l'institution n'avait pas fait son travail.

-Troisième exemple: il m'est arrivé de me faire insulté par des parents et pas qu'une fois, à la suite de mauvaises notes ou de sanctions...exemple concret: classe de première, vacances de février... je donne une recherche à faire pendant les deux semaines de vacances...pas de problèmes à la rentrée, sauf pour un élève. Je lui demande de me faire le travail pour le cours suivant en lui indiquant qu'il aura deux points de moins pour son retard... colère, refus de faire le travail... le travail n'étant toujours pas fait au bout d'une semaine, je lui mets un 0 pour non rendu... Je suis dès le lendemain convoqué par mon directeur avec les parents qui ne comprennent pas le zéro mis au pauvre chéri qui n'a pas pu faire son travail parce que "madame vous comprenez, le ski ça fatigue"...comme je refusais de changer ma note, en invoquant notamment l'équité vis à vis de ses camarades, j'ai été violemment prise à partie, insultée etc... Et sur ordre de ma direction j'ai dû accepter le travail de l'élève avec deux semaines de retard et sans le sanctionner. Quant aux insultes et à la violence, il fallait que je mette mon mon mouchoir par dessus...

Alors oui, je n'ai pas été surprise car, même s'il s'agit d'une personne perturbée psychologiquement, ce drame est un symptôme de la violence de notre société et du manque de respect des figures d'autorité. Les élèves ne respectent plus les enseignants parce que les parents et la société ne les respectent plus. L'école n'est plus un endroit protégé, sanctuarisé. L'éducation est devenue un bien de consomation comme un autre et j'ai souvent entendu dire, étant dans le privé, "mais on vous paie!" sous entendu puisque je donne de l'argent, mon rejeton doit avoir des bonnes notes et son diplôme... Combien de fois ai-je entendu qu'un enseignant n'était qu'un fainéant qui ne vivait que pour ses vacances... etc...

Alors oui, malheureusement cette violence ne m'a pas surprise. J'aimerais juste savoir quoi faire pour y trouver une solution...

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Olivier R 05/07/2014 20:46

Salut Miss,
Ce fait divers + la description que tu fais de l'environnement de travail dans l'enseignement, voilà qui matérialise les doutes, les réticences que j'ai toujours eues quant à une carrière d'enseignant.
Psychologiquement, ça doit être insupportable de se trouver dans une situation où on est agressé, mis en danger, qu'on a la possibilité d'y répondre mais qu'on nous l'interdit, que d'autres ont la possibilité d'y répondre mais ne le font pas. ça revient à forcer les enseignants à endurer les agressions - c'est du sadisme.
Franchement, les profs, chapeau. Moi je pourrais pas.
Biz,
Olivier R.