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CRAZYPROF

Charlotte, David Foenkinos, Cette semaine c'est rentrée littéraire

20 Septembre 2014, 21:48pm

Publié par crazyprof

Charlotte, David Foenkinos, Cette semaine c'est rentrée littéraire

Présentation de l'éditeur;

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : C'est toute ma vie. Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

Ce que j'en dis:

"Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe."

Cette terrible première phrase, terrible dans sa simplicité, son dépouillement et toute l'horreur de cette petite fille que nous imaginons devant cette comme comme s'il s'agissait de la sienne...Elle donne le ton de ce roman qui est avec Peine Perdue d'Olivier Adam mon coup de cœur de cette rentrée littéraire.

Et c'est bien de cœur et d'émotions dont l'auteur nous parle. D'abord de sa propre obsession et de sa propre quête de Charlotte Salomon: il est amoureux et fasciné l'auteur et il nous fait un récit sans complexe de la vie et des émotions de cette jeune génie de la peinture dont l'oeuvre a survécu par miracle à la barbarie nazie. Ensuite des peurs, des angoisses, de la dépression et des amours aussi de cette jeune femme. Il raconte sa famille dans laquelle le taux de suicide est effrayant. L'enfance d'abord, la mère montée au ciel comme on dit dont l'enfant crédule attend des nouvelles, une lettre. Le père, médecin, là mais absent car se réfugiant dans le travail. La belle-mère ensuite, instant de répit avant la descente aux enfers des humiliations, des brimades et de l'horreur de l'Allemagne des années trente pour une famille juive. Le père médecin interdit d'exercer, la belle-mère cantatrice huée et interdite de public, elle, Charlotte, interdite de baccalauréat et humiliée aux Beaux arts de Berlin. Son père refuse de partir pendant qu'il en est encore temps, ses grands parents s'échappe dans le sud de la France...et Charlotte tombe amoureuse et ne part que quand l'amour de sa vie la menace de ne plus jamais la voir si elle ne s'exile pas.

Les phrases courtes et incisives de l'auteur sont comme autant de petits coups de scalpel qui dissèquent Charlotte et les autres.

La prouesse littéraire est remarquable de ne jamais utiliser de phrase complexe, comme si chaque ligne était arrachée de la plume, comme l'auteur avait besoin d'une pause à chaque point et comme s'il souhaitait ménager son lecteur. L'auteur écrit lui-même "je ne pouvais pas l'écrire autrement."

Belle mise en abîme aussi parce que lecteur devient voyeur et suit pas à pas l'auteur dans sa quête et dans l'écriture de son roman.

Je tiens aussi à remercier l'auteur de sa pudeur et de son économie de mots qui lui permet d'alléger le tragique de la fin de cette histoire en le réduisant à la simple expression d'un fait brut:

"Sur le bâtiment, on peut lire qu'on va prendre une douche." Nous savons tous ce qu'était cette dernière douche...

J'ai été envoûtée, captivée par cette Charlotte et j'espère que je pourrais peut-être aller voir l'exposition de son oeuvre qui a lieu actuellement à Paris.

Et monsieur l'écrivain, chapeau bas.

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