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CRAZYPROF

Projet épisode 1

12 Janvier 2015, 10:57am

Publié par crazyprof

Ma seule résolution pour cette nouvelle année ça a été de continuer à écrire. Je vais donc mettre cela en application et essayer, chaque lundi ou de vous présenter des bouts de mon roman, de vous faire part de l'avancée du projet. Je vous partage donc ce que j'en ai déjà écrit. C'est un peu fouilli, c'est en construction mais c'est là. J'attends vos avis vos retours vos critiques et vos idées. Nous sommes quelques bloggeuses à nous être rencontrées avec le projet Once Upon a Time l'année dernière et nous allons nous soutenir et nous critiquer mutuellement. Voici donc ma première pierre à l'édifice. Je suis donc à la recherche d'un titre, il faut que définisse ma trame, mes personnages mais c'est juste le début.

Cela fait plus de vingt ans que j’ai rejoint les étoiles et que je les regarde vivre après moi, sans moi. Certains je les protège, d’autres je les surveille. Et puis il y a elle, Ninon, la femme que j’aurais voulu pouvoir aimer vraiment. Ma nature, le destin et les circonstances nous ont empêchés de vivre notre histoire ce qui m’a rendu furieux. Je m’en suis voulu, j’en ai voulu à la chance, à la terre entière et j’aurais souhaité pouvoir blâmer Dieu ou le ciel et puis… Je me suis rendu compte que c’était parfaitement inutile et que j’avais d’autres batailles à gagner. J’ai eu en quelque sorte une seconde chance, après le gâchis que j’ai fait de la première. Je peux maintenant jouer à distance un rôle que je n’aurais pu avoir en réalité. D’où je suis-je les contemple ces trois femmes et ces deux hommes et je constate que la vie a souvent beaucoup d’humour et d’amour.

Nous avons tous suivi ou suivons tous notre propre chemin mais je n’en regrette rien. Si je pouvais revenir en arrière, je changerais quelques petites choses mais point de regrets. J’ai été moi-même, je n’ai pas été quelqu’un de mauvais et je me suis resté fidèle. Je n’en demande pas plus.

Nous étions tous nés à la toute fin des années soixante ou au début des années soixante-dix. Notre enfance était une époque assez sage. Mai 68 était passé par là, la France s’était endormie sous Pompidou puis se modernisait de façon rampante sous le conservatisme pseudo moderniste giscardien. Nos premiers souvenirs furent heureux pour la plupart et nos enfances furent douces. Nous regardions Bonne Nuit les Petits puis Casimir sur des télés en noir et blanc avant de passer à Goldorak et à la télé couleur.

Il était géographiquement incertain et improbable qu’un jour nous nous rencontrions. Pourtant une série de hasards et les choix des uns et des autres allaient faire que…Le fait aussi que nous soyons tous nés dans un milieu catholique allait aussi jouer son rôle. Quand je les vois tous aujourd’hui, certaines choses m’étonnent et d’autres me font plaisir.

Ma Ninon est devenue prof, chose qu’elle n’envisageait pas à l’époque. J’en suis heureux pour elle parce qu’elle trouve pour l’instant son d’équilibre dans son métier. Elle est toujours aussi douce mais un peu cassée. Matthieu est toujours là pour elle, même s’ils n’habitent plus dans la même ville et que Matthieu comme Léa habitent la capitale. Ma sœur, après une période compliquée après mon départ, est maman, eh oui! Elle a un petit garçon et « bébé 2 » comme elle dit est en préparation. Pierre a quasiment disparu de leur vie et elle et Ninon ne se voit plus beaucoup, mon souvenir s’étant mis entre elles deux comme une barrière. Je serai aussi éternellement reconnaissant à la sœur de cœur, l’autre Ninon, parce que si ma Ninon est encore là c’est grâce à elle. Comme quoi un coup de téléphone au bon moment une nuit peut empêcher quelqu’un de tutoyer de trop prêt la fenêtre du quatrième étage.

Mais je fuis ma responsabilité et la suite de l’histoire en vous parlant d’aujourd’hui…

Cela fait plusieurs nuit que je viens la regarder dormir. Elle dort peu et encore un peu mal mais je n’ai plus à venir la calmer toutes les nuits… pendant une période j’ai enragé de ne pouvoir faire plus pour elle. J’ai beau être désincarné je ne pouvais pas faire plus malgré mon envie.

Elle est la seule femme de ma vie, moi qui aimais les hommes. Des années après je ne m’explique encore pas notre histoire et que je veille sur elle depuis ma mort bien que, vivant, je n’ai pas su la protéger de moi. Elle a payé lourdement la facture de mon passé. Je l’ai suivie de loin pendant les années où tout allait bien pour elle. Elle semblait avec le temps s’être remise de la tornade que j’avais été dans sa vie. Elle s’était mariée, avait un travail qui lui plaisait. J’évitais les visites parce que la voir dans les bras d’un autre m’était insupportable.

Le soir où tout s’est écroulé à nouveau dans sa vie, le silence était tel qu’elle se souviendrait surtout ensuite de ce silence et d’avoir bénéficié de quelques secondes de répit, d’une sorte d’anesthésie locale. Quelle réaction avoir, que dire quand votre peur la plus profonde, celle qui vous touche au plus profond prend corps. Que pouvez-vous avoir envie d’entendre quand quelques mots viennent de vous anéantir. Les cris, les pleurs viendront ensuite mais pendants quelques instants le temps semble immatériel. Puis l’orgueil prend le dessus, ne pas pleurer, ne pas craquer, ne pas offrir à l’autre ces petites victoires puisqu’il ne vous aime plus, qu’il ne veut plus de vous.

Et puis elle est monté se réfugier seule dans leur lit. Et enfin elle a pleuré jusqu’au bout des larmes et elle a étouffé ses cris dans son oreiller. Elle s’est étonnée le lendemain matin d’avoir dormi parce que la fatigue avait fini par prendre le dessus. Il lui fallut aller au travail et mettre un masque sur sa douleur, un bâillon sur ses angoisses. Faire comme si et ne pas comprendre que le monde continue de tourner alors que tout s’est écroulé. Et avoir un malaise parce que son corps exprimait ce qu’elle ne s’était pas autorisée à mettre en mots. Et elle s’est écroulée enfin sur son volant le soir avant de repartir, avec une sourde attirance pour l’accélérateur et les murs pendant tout le trajet.

Le problème c’est qu’elle n’avait surtout plus de vie et son cœur en moins. Elle ne savait plus comment faire, elle était comme distanciée de tout. On aurait dit qu’un voile étouffait tout et c’était une bénédiction car cela lui permettait de faire semblant et de continuer un minimum. La vie semblait avoir appuyée sur le bouton pause.

Je me souviens du jour où je l’ai rencontrée…

J’étais en transit entre ma vie parisienne débridée et mon déménagement était en cours vers la grosse ville de province la plus proche de chez mes parents. Mon passé m’avait déjà rattrapé. Je m’étais arrêté pour voir ma petite sœur Léa dans la ville où elle faisait ces études parce qu’elle avait besoin de soutien pour aller voir ses résultats d’examen de la session de septembre car elle craignait beaucoup de devoir redoubler. En ce beau jour d’été indien, nous descendions la grande allée de platanes qui menait au secrétariat de son université quand nous vîmes approcher une jeune étudiante. Elle avait les cheveux mi-longs blonds et frisés retenus par un bandana du même bleu gris que ses yeux. Elle souriait au soleil et paraissait d’excellente humeur. Le soleil jouait avec ses mèches blondes et elle était légèrement bronzée. Pas très grande, toute ronde, elle aurait paru ordinaire sans ses yeux pleins de douceur et d’intelligence. Ma sœur, Léa, me la présenta :

-« Tiens, Ninon, je te présente mon frère, Adrien. »

-« Bonjour, enchantée, Léa m’a tellement parlé de toi que j’ai déjà l’impression de te connaître. »

Paroles d’une banalité affligeante qui me permirent de cacher ce qui se passait en moi. J’étais sonné, secoué, chamboulé. Moi qui n’avais jamais été attiré par une femme de ma vie, j’avais plongé dans ses yeux l’espace de quelques secondes. Nous passâmes l’après-midi tous les trois en attendant l’affichage des résultats le soir. Ma sœur redoublait comme elle le craignait mais elles me raccompagnèrent néanmoins toutes les deux à la gare. Sur le quai, j’ai eu du mal à monter, à m’arracher à elle. J’avais l’impression d’avoir pris un coup sur la tête et de ne plus être sur de rien. Je ne savais pas ce qu’elle ressentait, je n’étais pas certain de ce que je voulais et de ce que je pouvais moralement faire. Je me savais séropositif et je savais porter la mort en moi. Avais-je le droit de l’entrainer là-dedans ? Et puis pourquoi est-ce que je me sentais attiré par une femme, surtout qu’avec ses rondeurs, elle n’avait rien d’androgyne. Je devais me calmer et essayer de garder la tête froide. Mais j’étais jeune, inconscient et encore assez insouciant. Et puis, le coup de foudre est une évidence qui ne se discute pas, au moins lorsque seuls les sentiments sont pris en compte…

Deux semaines plus tard, ma sœur vint passer le week-end chez mes parents. Nous avions trois ans de différence et nous avions toujours été très proches. Elle avait toujours été ma confidente mais là, c’était assez difficile de lui parler. J’avais envie qu’elle me parle d’elle mais je biaisais en la faisant parler de tous ses amis, choisissant de l’interroger sur sa vie amoureuse à elle… de cette façon, j’allais avoir des nouvelles de tout son petit groupe et donc de Ninon. J’appris peu de choses en fait parce que Léa était surtout intarissable sur Antoine, celui dont elle était "raide dingue". J’appris pourtant la seule chose qui m’importait : Ninon n’avait personne dans sa vie. Elle avait eu quelqu’un mais elle était célibataire depuis un peu plus d’un an. Léa me dit qu’elle était très proche d'Antoine mais sans ambigüité aucune. Je proposais à ma sœur de venir passer le week-end pour son anniversaire quelques semaines plus tard.

J’arrivais donc le jeudi soir pour la soirée d’anniversaire qui devait avoir lieu le samedi. Léa m’attendait avec impatience, elle voulait connaitre mon opinion sur Pierre que je n’avais encore jamais rencontré, me faire découvrir son petit groupe d’amis et les lieux qu’elle aimait. Ils avaient développé un système très efficace pour suivre seulement certains cours et pouvoir passer du temps ensemble à refaire le monde ou à faire autre chose. Pierre était passionné de musique, comme Léa, et Ninon s’était mise à partager cette passion. Ma sœur m’expliqua que depuis plus d’un an qu’elle les connaissait, Pierre et Ninon avaient changés, surtout Ninon qui n’avait plus rien de la petite fille un peu coincée et surprotégée à bien des égards qui avait débarqué à la fac. Une information m’inquiéta : Ninon était plus jeune que je ne pensais, presque cinq ans de différence avec moi et cela me fit un choc, je me dis que je ne pouvais pas faire ça… mes scrupules moraux augmentaient.

Mon dilemme n’avait clairement aucune bonne solution… je décidais de profiter de mon weekend et de voir ce qui allait se passer. Après tout, je savais ce que j’avais ressenti moi, mais elle ?

Léa me fournit un élément de réponse qui me troubla encore plus mais résolvait aussi une des questions qui m’assaillaient. Elle me dit que Ninon lui avait un peu parlé de moi, l’air de ne pas y toucher et que, compte tenu de sa douceur et sa compassion, elle lui avait confié pas mal de chose à mon sujet, mon amour des hommes, des anecdotes de notre folle jeunesse commune lorsque je la trainais en boite avec moi et, de manière déguisée, ma séropositivité. Ninon n’avait pas relevé cette dernière information, soit par discrétion, soit parce qu’elle n’était pas certaine d’avoir compris l’allusion. Elle avait simplement regretté mon intérêt pour les garçons en se fendant d’un « dis-donc, c’est dommage parce qu’il est assez mignon ton frangin. » Disons que sans le savoir, ma chère petite sœur m’avait un peu débroussaillé le terrain, enfin façon de dire…Tout en dinant avec elle ce jeudi soir, j’étais malgré tout ailleurs… avec elle qui se trouvait de nouveau à quelques petites rues de moi… Léa, au moment où nous allions nous endormir, finit par me dire doucement :

« Dis, je crois que quelque chose te tracasse… »

« Oui, mais je n’ai pas forcément envie d’en parler. »

Elle se mit à trembler doucement et à retenir ses larmes. Immédiatement je compris que je devais la rassurer :
« ça n’a rien à voir avec ma santé, t’inquiètes. »

« Alors, que se passe-t-il ? »

« ben, il ya quelqu’un que je n’arrive pas à me sortir de la tête … et je me pose plein de questions… »

Ce demi-aveu me fit un bien fou. Ce que je ressentais m’étouffait et cela serait peut-être une bonne idée de se confier à quelqu’un. Je me demandais quand même de quelle manière aborder le sujet.

« Alors, accouches ! » s’énerva Léa devant mon silence.

« Je ne sais pas, tu sais, c’est bien ça le plus troublant, je ne sais pas quoi faire. »

« Ah non !, les plans foireux, tu as déjà donné, s’il te plaît, évites ! »

« Je sais, je sais… mais je n’arrive pas à me comprendre moi-même. »

« Mais c’est qui ce mec et qu’est-ce qu’il t’a fait pour que tu réagisses comme ça, même avec ton premier, je ne t’ai jamais vu comme ça… »

Un silence incrédule envahit l’atmosphère…

« Non, ne me dis pas que j’avais raison!»

« Comment ça raison ? »

« J’ai dit à Pierre l’autre jour que si ça n’avait pas été toi, j’aurais cru que tu regardais Ninon comme si tu voulais la dévorer toute crue quand elle ne te regardait pas. »

J’avais toujours pensé que ma petite sœur me connaissait mieux que personne mais là , elle avait une vraie boule de cristal… où alors je cachais vraiment mal les choses… Heureusement qu’il faisait nuit et qu’elle ne pouvait pas voir mon visage. Le silence s’installa…

« Merde » murmura finalement Léa… « Tu n’en feras jamais d’autre mais là, tu te surpasses, et puis c’est une fille bien Adrien, tu ne peux pas faire ça ! »

« Ça quoi ? » rétorquais-je « J’ai pris un coup sur la tête, voilà ce qui se passe ! »

« Oui mais c’est une femme ! et puis même si tu ressens des choses pour elle, pense à tout ce que ça implique… »

« Je n’arrête pas d’y penser, je suis complètement paumé ! »,

Notre conversation s’arrêta là. Le lendemain matin vers huit heures le téléphone sonna.

C’était Ninon qui annonçait à Léa qu’elle n’était pas en forme et qu’elle n’irait pas en cours ce jour là parce qu’elle avait trop mal.

Je m’inquiétais de savoir ce qu’elle avait… Léa resta évasive et elle partit en cours. J’essayais de me rendormir un peu parce que j’avais la tête lourde de fatigue et parce que trop de problèmes restaient non résolus. Je ne réussis pas à m’évader dans l’oubli cotonneux du sommeil. Je ne pouvais m’empêcher de penser à elle. J’étais victime d’un sentiment inconnu : un désir de la protéger, de la cocooner. Je réfrénais mon envie et me préparais pour aller déjeuner avec Pierre et Léa. L’importance de ce déjeuner mettait ma sœur sur le grill, j’étais intimement persuadé qu’elle allait me bombarder de questions sur lui dès que possible.
Nous déjeunâmes tranquillement tous les trois avec Matthieu que j’appréciais beaucoup. Pierre me parut égocentrique et quelque peu immature encore. De plus, il ne me sembla pas plus intéressé que ça par Léa. Ils avaient beaucoup de points communs mais Pierre en était au stade du « je profite, je prends, je jette. » Je reconnaissais ça pour l’avoir vécu à 200% … pour ce que ça m’avait rapporté…mais je craignais que Léa soit trop éprise d’absolu pour supporter un papillon volage. Je fus piégé par Pierre au moment où ils me quittèrent pour aller à leurs cours de l’après-midi.

« Au fait Adrien » me dit Pierre « je suis passé ce matin chercher Ninon, elle m’a dit qu’elle n’était pas bien mais elle m’a demandé de lui amener son cours de civilisation, elle voulait essayer de le bosser pour ne pas prendre de retard, tu pourrais aller le lui apporter s’il te plaît ? Comme ça, en plus tu pourras l’aider si elle a besoin de quelque chose » Je ne pouvais pas refuser sans que cela sembla bizarre… Je pris donc la chemise qu’il me tendait et je me dirigeais vers l’appartement de Ninon. Je m’arrêtais dans un parc quelques minutes pour prendre le temps de réfléchir. Nous allions nous retrouver seuls tous les deux pour la première fois et ce pendant toute une après-midi. Masquer mes sentiments allait être difficile, voire impossible. Mais je ne voulais pas la faire souffrir…J’avais pourtant cru remarquer une petite lueur amusée et complice dans les yeux de Pierre.

J’arrivais devant chez Ninon et je sonnais à l’interphone. Elle m’ouvrit, un peu surprise en me disant que son appartement était au second. Elle était sur le seuil, vêtue d’un vieux jean et d’un long pull tunique. Son carré mi-long blond cendré frisé était ébouriffé. Ses grands yeux bleus gris étaient cernés mais ressortaient davantage. Visiblement fatiguée, elle était encore plus craquante. Je lui fis la bise et je lui tendis ce que Pierre m’avait remis.

« Tiens, voilà ton cours, Pierre me l’a donné pour toi et puis il voulait que je m’assure que tu n’avais besoin de rien. »

« C’est trop gentil de sa part, il va m’entendre Pierre ! » marmonna-t-elle.

Elle m'invita à entrer dans sa grande pièce et se réinstalla sur son lit en me désignant son grand fauteuil transat. Son visage se crispait de temps à autre. J’en déduisis qu’elle souffrait. Elle me dit pourtant qu’elle se sentait mieux. Je lui annonçais que Pierre nous attendait chez lui ce soir. Nous parlâmes de tout et de rien, mais je pouvais de moins en moins détacher mon regard du sien. L’air entre nous se chargeait d’électricité. Au bout d’un moment, je ne pus m’empêcher de la taquiner :
« Nous devrions peut-être arriver très en retard chez Pierre, histoire de le laisser un peu seul avec Léa. »

« Mouais, il a pas toujours beaucoup de scrupules avec les filles, je ne suis pas sûre qu’il soit la meilleure solution pour ta sœur… »

« Peut-être pas, mais nous ne sommes pas forcément de bonnes solutions non plus dans la famille… »

Elle rougît, se troubla.

« Pourquoi me dis-tu ça ? »

Je répondis par une question :

« Tu es seule en ce moment ? »

« Depuis que j’ai rompu il y a un an environ avec mon petit ami du lycée, oui. »

Je capitulais.

« Je peux ? »

Je me levais pour venir m’asseoir sur le lit à côté d’elle. Le temps semblait s’être mis sur pause.

Elle changea légèrement de position, s’appuyant contre le mur et repliant ses jambes en entourant ses genoux de ses bras comme pour se protéger. Elle avait de nouvelles couleurs sur ses joues et elle avait baissé les yeux, par gène ou par timidité. J’avais gagné la première manche, elle ne m’avait pas renvoyé à mon fauteuil. Je m’installais doucement à son côté, ne m’approchant pas trop encore parce que j’avais un peu peur de l’effaroucher. Je ne devais pas oublier qu’elle n’avait pas encore vingt ans, même si moi j’en avais presque cinq de plus. Par-dessus le marché, j’étais quasiment certain que son petit ami de lycée avait été le seul. Je décidais d’alléger l’atmosphère tout en poussant mon avantage.

Je demandais doucement :

« Pourquoi as-tu dis tout à l’heure que Pierre allait t’entendre ? »

« Je te pensais plus malin que ça, tu ne devines pas ? »

« Je dois être un peu bête… »

« Je crois surtout que tu me taquines… »

« Un peu mais j’ai peut être aussi besoin d’entendre certaines choses. »

« Ah… disons alors qu’il s’est débrouillé pour nous donner l’occasion d’être seuls tous les deux.

Elle baissa complètement la tête et se cacha un peu derrière ses cheveux.

« Je comprends…tu sais, je devrais le remercier. J’avais envie de te parler. Je ne voudrais pas t’embarrasser. »

Je lui pris doucement la main. Et un silence confortable s’installa. Je la sentis se détendre peu à peu. Je ne me reconnaissais pas, je ne me savais pas si timide, si délicat, que j’avais toujours eu un caractère fort et des habitudes de chasseur ou même de prédateur. La douceur et la tendresse, ça n’était pas trop mon truc, j’avais plus l’habitude du désir impérieux. Là je la désirais certes, mais il y avait aussi autre chose. Je n’avais pas non plus l’habitude de désirer une femme.

Je soupirais :

« Qu’est-ce qui nous arrive ? »

Elle releva enfin les yeux pour me fixer avec un océan tourmenté dans le regard.

«J’suis pas trop sûre mais je me sens bien avec toi. Je suis un peu paumée, et puis d’après Léa, je croyais que tu étais gay. »

« Bi je pense mais je suis un peu perdu aussi là. »

Je me rapprochais encore un peu.

« Je ne sais pas où on va mais j’aimerais que tu me fasses confiance, ok. »

« Ok mais je… »

Je lui coupais la parole :

« Profitons-en pour le moment, pas de prise de tête aujourd’hui ok. »

Je passais mon bras autour de ses épaules. Elle nicha sa tête au creux de mon cou. Nous restâmes sans dire un mot, savourant la tendresse et la complicité. Nous étions à nos places, au-delà des mots.

Je me levais changer le cd qui tournait sur la platine. Je revins vers elle, étonné de ma quiétude, ma patience et la force de mes sentiments.

Elle s’était allongée, je la rejoignis et la pris dans mes bras, m’accrochant presque m’agrippant à elle comme si elle essayait de m’échapper. Le reste de l’après-midi se passa dans les bras l’un de l’autre, à chuchoter le genre de petits riens qui est si important au début d’une relation. Nous finîmes par échanger notre premier vrai baiser qui fût comme une vague. Nous n’étions pourtant pas encore prêts à aller plus loin ce jour là. J’en mourrais d’envie mais trop de questions restaient en suspend, trop de non-dits subsistaient encore entre nous. Et puis j’étais beaucoup trop submergé par mes émotions et elle aussi.

Il pleuvait ce soir là et nous fîmes le trajet à pied jusqu’à l’appartement de Pierre bras dessus bras dessous sous le même parapluie sans vraiment pouvoir se lâcher.

Nous avions fait un grand pas et je savais maintenant qu’elle ressentait quelque chose pour moi. Par contre il fallait que je lui parle de mon passé et de mon état de santé. J’avais toujours des doutes sur notre possibilité à vraiment avoir un avenir ensemble même si je le désirais au-delà de ce que j’aurais cru possible. Et puis dans quelle mesure je l’aimais elle ou la possibilité d’avoir une vie s’approchant d’une certaine normalité traditionnelle ? Trop tôt pour le dire.

L’accueil de Pierre, Léa et Matthieu nous gêna tous les deux. Ils avaient l’air de croire que nous avions passé l’après-midi de façon coquine…Je ne compris néanmoins pas pourquoi Ninon se montra aussi sèche en claquant à Léa un : « les garçons, à la limite je peux comprendre mais toi, c’est vraiment lourd ! »

Je ne comprenais pas la sécheresse de Ninon vis-à-vis de Léa…et je restais aussi avec une question : Qu’avait Ninon et que cachait cette sécheresse ?

Le weekend se déroula sans autre tête à tête mais avec beaucoup de tendresse retenue et de regards échangés. Je n’oublierai jamais notre soirée en boite où j’eus le bonheur de lui voler quelques baisers discrets et de la tenir dans mes bras le temps des slows. Je lui laissais également mon numéro de téléphone en lui disant de m’appeler si elle en avait envie. Je rentrais chez moi le dimanche après-midi.

Après une sieste qui me permit d’évacuer la fatigue émotionnelle, je me réveillais dans mon petit chez moi, seul et me sentant comme orphelin.

J’avais bénéficié de sa présence pendant trois jours et j’avais du mal à m’en passer. Cela m’apportait un élément de réponse : oui, je pensais toujours à elle… et j’étais aussi certain maintenant de la désirer physiquement, certaines réactions persistantes au cours de notre tête à tête et de la soirée en boite m’ayant confirmé que ce besoin brûlant de me perdre en elle n’était pas que dans ma tête et que mon corps était complètement en accord avec mes sentiments. J’étais impatient d’explorer ce territoire nouveau pour moi qu’était une femme, et pourtant je me demandais si j’en avais le droit : je me surprenais à vouloir une certaine stabilité, je voulais une vie à deux, moi l’indépendant, l’individualiste farouche qui avait toujours prétendu ne jamais vouloir se scléroser dans le quotidien. Mais ma séropositivité m’en donnait-elle le droit ? J’allais l’aimer, certes mais j’allais aussi risquer de lui donner la mort par accident et de toute façon, mon avenir était limité dans le temps. Je me devais de toute façon de lui laisser le choix. Et puis, j’avais aussi fortement ressenti pendant les moments passés ensemble qu’elle était assez peu expérimentée et qu’elle avait un caractère entier, loyal mais anxieux. Cela m’avait plus mais supporterait-elle mon côté sombre, renfermé parfois ?

Elle n’appela pas ce soir-là ni le lendemain… Du coup, j’appelais Léa qui me redit toutes ses réserves et ses inquiétudes. Elle finit aussi par me raconter qu’elle avait subi un interrogatoire en règle de la part de Ninon pendant un de leur cours ce matin-là…Une boule se forma dans ma gorge :

« Qu’est-ce qu’elle voulait savoir ? »

« Si elle avait bien compris certaines choses. »

« ah… »

« Oui, c’est malin, maintenant j’ai dû faire le sale boulot à ta place tu es content ! »

« Pas vraiment non ! Elle a réagi comment ? »

« Je ne sais pas, elle semblait paumée mais je crois qu’elle tient à toi, vu ses questions et ses réactions…Je ne peux pas t’en dire plus, elle n’était pas là cette après-midi, elle bossait à la radio. »

Je restais donc avec mes questions, je n’osais pas lui téléphoner. Je me sentais lâche de ne pas lui avoir tout dit moi-même et en même temps soulagé. Je décidais de lui laisser le temps de digérer cette conversation.

Je n’attendis pas très longtemps, le téléphone sonna vers dix heures ce soir-là :

« Bonsoir, c’est Ninon, je n’appelle pas trop tard ? »

« Tant que c’est toi, tu aurais même pu téléphoner plus tard, je ne t’en aurais pas voulu. » Ma gorge était serrée par l’émotion et ma voix était rauque.

« J’avais envie et besoin de t’entendre tu sais. Et j’espère que tu n’en veux pas à ta sœur, c’est moi qui l’ai bombardée de question. »

« J’aurais préféré tout te dire de moi-même mais je n’y arrivais pas. J’espère que toi tu ne m’en veux pas… »

« Tu sais, je peux comprendre que certaines choses soient difficiles à dire mais n’essaye jamais plus de me protéger. Et tu sais, j’ai également des choses à t’avouer. »

« Ce weekend je n’ai rien osé te dire mais je veux vivre quelque chose avec toi mais c’est toi qui choisit, je sais que ça ne sera pas facile. Je veux t’aimer, pas te faire mal et je n’ai jamais ressenti ça, surtout pour une femme. Prends ton temps pour te décider. »

« Je n’ai pas à choisir, je ne peux pas dire non, même si j’ai peur. Je ne peux pas ne pas penser à toi. »

« De quoi as-tu peur ? »

« Pas d’être contaminée, se protéger est relativement simple mais j’ai peur de te décevoir. »

Elle pensait ne pas être assez bien pour moi, pas assez jolie, pas assez femme, elle était intimement persuadée de trop manquer d’expérience pour ne pas m’ennuyer.

Des mots brûlants et rassurants se bousculèrent et je lui fis comprendre l’étendue de mes sentiments et de mon désir pour elle.

Chacun notre combiné téléphonique à la main, nous discutâmes dans le noir pendant un bon moment.

Je finis par lui demander : « Au fait, ce weekend, tu as quelque chose de prévu ? »

« Non, rien de spécial. »

« Veux-tu venir me voir et passer deux ou trois jours avec moi ? »

« Oui, même quatre si tu veux de moi, je suis libre du jeudi soir au lundi soir. »

Je poussais un cri de joie. Elle me dit doucement : « Je crois que c’est oui alors ! Je regarde les horaires et je te rappelle demain. »

Le jeudi soir, je l’attendais sur le quai de la gare, tout ému. Quand elle descendit du train et qu’elle me vit, elle s’arrêta, me contempla. Je me rapprochais et la pris dans mes bras comme si je ne voulais pas la lâcher.

Je ne rentrerai pas ici dans notre intimité mais sachez chers lecteurs que malgré nos sentiments de plus en plus forts et de plus en plus avoués, elle ne fut pas facile, par peur, manque d’expérience et excès de d’amour. J’avouerai cependant que la découverte des pleins et des déliés du corps féminin fut une joie, un enchantement et que, quand nos corps se furent apprivoisés, la passion était bien au rendez-vous. Au risque de rougir, moi qui ne suis plus qu’un corps céleste, j’ajouterai que, par la suite, nous ne pûmes ni l’un ni l’autre regarder Le Grand Bleu sans que les souvenirs nous assaillent.

Nos deux corps se reconnurent pourtant. Et une fois les premières peurs passées de part et d’autre, une sorte de sérénité et d’évidence nous envahit.

Des questions restaient en suspend mais nous étions bien, tout simplement…Le second weekend que je passais chez elle, un évènement insolite se produisit. Il était à peine sept heures et demie le samedi matin quand le téléphone sonna, nous tirant du sommeil. Comme l’appareil se trouvait de mon côté du lit, Ninon me dit de décrocher…

« Allo oui bonjour. »

Je sentis une hésitation au téléphone…et une voix d’homme demanda :

« Je suis bien chez Ninon ? »

« Oui, je vous la passe, qui dois-je annoncer ? »

« Son papa… » Lui transmettant le combiné, je dis bien haut :

« Puce, ton papa ! »

L’heure matinale et ma voix ensommeillée rendaient clair que j’avais passé la nuit là…Ninon m’expliqua ensuite que j’avais du faire un choc à son père parce qu’à dix-neuf ans, il ne se rendait pas encore bien compte qu’elle avait muri…et que je lui avait donc sans le vouloir fournit la preuve de quelque chose qu’il aurait voulu ignorer, à savoir la vie sexuelle de sa fille. Je ne regrettais cependant pas ces circonstances parce que j’aspirais à de la clarté entre nous. J’avais mis mes parents au courant et je souhaitais que ceux de Ninon le soient aussi. Mes parents avaient étaient plus que surpris et restaient très dubitatifs devant notre relation parce qu’ils avaient connu certains des hommes qui étaient passés dans ma vie ainsi que mes diverses errances parisiennes…Ils ne comprenaient pas bien ce qui se passait.

Après une journée au bord d’un lac avec Pierre, Matthieu et Léa, le temps de la discussion finit par venir…

Je lui posais déjà les deux questions qui me taraudaient. Elle attendit quelques minutes en silence avant de me dire que oui, j’avais raison, elle était vierge et qu’elle allait m’expliquer pourquoi elle n’était pas bien le jour où nous avions été seuls pour la première fois. Elle me dit qu’elle n’avait que très peu d’espoir d’avoir un jour des enfants et que le traitement qui lui était imposé actuellement lui provoquait de sérieuses douleurs. D’où son irritation quand Léa avait supposé des galipettes entre nous cet après-midi là, alors qu’elle savait que c’était impossible.

Je ne savais que dire face au cadeau qu’elle m’avait fait… et je fondais d’amour et de tendresse. Je ne pus que la prendre dans mes bras et la serrer très fort. Ninon dans mes bras, à voix basse, je lui avouais mes errances, le défilé d’hommes, l’alcool etc. Je ne la lâchais pas et lui dit au final :

« Tu sais, tu peux tout arrêter si tu veux. »

Elle répondit en commençant à me caresser…

Ces quelques semaines furent belles, magiques, presque hors du temps. Jusqu’à cette semaine en bord de mer.

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Angélique 14/01/2015 22:13

Alors je trouve cette idée géniale et compte bien t'aider et te soutenir dans ton projet. Je n'ai pas le temps, où plutôt je n'ai pas la tête à lire ton texte maintenant (je viens de vivre deux journées très éprouvantes au cours desquelles ma vie a bien failli basculer...) mais promis dès que ça va mieux je lis tout ça! Bises.

Angélique 04/02/2015 19:18

Disons qu'on remonte la pente doucement... Merci à toi. Je ne t'oublie pas et lis ton texte dès que possible. Bisous.

crazyprof 03/02/2015 07:42

J'espère que ça va et que tu te remets Bisous

Bernieshoot 12/01/2015 17:07

c'est bien écrit, j'ai hâte de découvrir la suite