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CRAZYPROF

Ebauche Rêve

21 Mai 2015, 08:36am

Publié par crazyprof

Rêve

Avril 1998 Le grand saut

Elle hésita un instant puis cliqua sur « envoyer ».

Nina se leva de son bureau et s’assit sur son canapé, ses mains tremblaient mais elle avait l’impression d’avoir enfin repris sa vie en main. Depuis un an ou presque, cette petite blonde aux yeux bleus se laissait porter par le flot du quotidien sans prendre aucune décision majeure. Elle avait continué ses études, elle avait lu, appris, était sortie avec ses amis. Malgré tout elle avait eu l’impression de tout vivre en spectateur sans s’impliquer, comme si sa capacité à ressentir avait été enterrée avec Paul. Rien ne l’enthousiasmait, ne la rendait joyeuse. Elle avait le sentiment d’être sous anesthésie générale. Même découvrir que certains de ses amis pensaient qu’elle était vraiment trop triste et devenait un vrai « tue l’ambiance » ne l’avait pas fait pleurer. Du haut de ses vingt ans, elle se sentait vieille et fatiguée. Heureusement il y avait eu Stéphanie sa gentille voisine qui lui avait fait une proposition alors qu’elles regardaient le Superbowl à la télévision ensemble. Elle lui avait dit que le poste d’assistante de français dans un petit « college » américain du Connecticut qu’elle avait occupé l’année scolaire précédente serait disponible à partir de la fin du mois d’août et qu’elle pouvait la recommander si Nina le souhaitait. Elle avait rédigé sa lettre de motivation et rempli le dossier de candidature. Deux coups de téléphone avaient suivi, un avec le doyen puis un second avec la responsable du département de langues étrangères puis un courriel lui annonçant l’acceptation de sa candidature. Elle avait donc un poste à compter de la fin du mois d’août, loin très loin d’Angers, de ses amis, de ce qu’ils avaient vécu et de la mort de Paul. Très loin de sa famille et de sa glaciale indifférence. Ses deux adorables nièces allaient beaucoup lui manquer mais le changement serait une bonne chose. Après la confirmation qu’elle venait de transmettre, il ne lui restait plus d’attendre les papiers nécessaires à l’obtention de son visa et à prendre rendez-vous à l’ambassade et voir venir. Paul lui sembla soudain à ses cotés, heureux de la voir reprendre goût à la vie.

Mai 1998 La douche glacée

En descendant du TGV Gare Montparnasse, Nina serra les dents d’avance. D’ici une heure, elle serait chez sa sœur, elle serrait ses deux nièces dans ses bras passerait un dimanche en famille pour fêter les trois ans de Constance, l’ainée des puces. Il allait falloir annoncer son départ dans le Connecticut à ses parents. Et ça n’allait pas être joli joli ! Son père ne dirait rien sauf « si je peux me permettre … » suivi d’une vacherie blessante et sa mère prendrait son air pincé et deviendrait méchante parce qu’elle aurait de la peine mais ne saurait pas comment le montrer. Heureusement que le reste de la famille serait là y compris le père de son beau-frère, le parrain et la marraine de Constance… Elle espérait que cela aiderait à alléger l’atmosphère. Lorsqu’elle sonna à la porte de l’appartement, elle entendit des petits pieds qui courraient vers la porte puis la voix de sa sœur. La porte s’ouvrit et une petite blonde avec de grands yeux verts lui sauta dans les bras :

  • « Nina, Nina, t’as un cadeau pour moi t’as un cadeau pour moi! »
  • « Oui ma puce mais tu attendras d’avoir soufflé tes bougies ! »

Tout le monde ou presque était déjà là. Elle fit le tour rapidement, et alla aussi faire un gros câlin à sa deuxième nièce qui s’agitait dans son trotteur. Elle respira un grand coup et attendit le bon moment pour lâcher sa bombe. Au moment du fromage, son beau-frère lui en fournit l’occasion en lui demandant quels étaient ses projets pour l’été. Elle lui dit qu’elle travaillerait à nouveau chez Europ assistance pendant deux mois et qu’ensuite elle avait trouvé du travail pour au moins l’année scolaire suivante… Elle sentit sa mère se figer et vit sa bouche se pincer… Elle annonça alors qu’elle avait un contrat d’un an à compter de la fin août dans une petite université du Connecticut pour enseigner le français langue étrangère et que ce contrat était renouvelable deux fois si elle s’y plaisait. Elle expliqua ensuite qu’il ne lui restait qu’à obtenir son visa et qu’elle avait rendez-vous à l’ambassade début juin. La gentillesse arriva tout de suite :

- « Tu dis ça mais comment vas-tu faire pour la session de septembre ? »

Comme d’habitude, une bonne remarque désobligeante et la mettant plus bas que terre puisque c’était dire qu’elle n’aurait pas ses examens à la première session parce qu’elle n’était qu’une bonne à rien. Nina ravala la bile qui montait dans sa gorge et se répéta intérieurement qu’elle avait besoin de partir, que c’était l’exemple parfait d’une des raisons pour lesquelles elle avait pris cette décision. La journée continua mais ses parents ne lui adressèrent plus la parole, elle était devenue comme transparente. Lorsqu’elle reprit son train le soir, elle pleura sans bruit derrière son magazine.

Juin 1998 Bureaucratie

La chemise contenant tous ses papiers, dossiers et justificatifs serrée contre elle, Nina rêvassait dans le métro pendant que les stations défilaient jusqu’à Tuileries. Elle avait rendez-vous avec un certain Julian Mc Knight à 11h30 au consulat pour l’obtention de son visa. Il fallait absolument qu’elle l’obtienne, maintenant qu’elle se sentait prête à partir. Elle courut presque pour être à l’heure et faire bonne impression. Presque à bout de souffle, elle présenta son passeport au marine qui contrôlait l’entrée et expliqua qu’elle avait à faire au service des visas. Vêtue d’une jolie robe d’été, ses cheveux blonds frisés fraichement coupés au carré et retenus par un bandana, elle était l’image même de la fraicheur et donnait envie de sourire à ceux qui la croisaient. Elle grimpa l’escalier avec vivacité et alla s’installer sur un chaise en face du bureau qu’on lui avait indiqué.

De son côté, Julian rangeait ses papiers sur son bureau, il était dans sa dernière semaine à Paris. Il quittait le consulat dans 2 jours pour se réinstaller à New York et y prendre un poste à l’ambassade américaine auprès de l’ONU. Ce Bostonien métisse s’était battu pour s’en sortir, pour quitter South Braintree et ses logements sociaux. Il avait réussi à force de travail et de bourses d’études à intégrer le ministère des affaires étrangères et à devenir diplomate. A trente ans, il se sentait heureux, bien dans ses baskets et fier du chemin parcouru. Il finit de ranger ses derniers dossiers et ne garda devant lui que le dernier dossier qu’il devait traiter, un entretien pour une demande de visa d’enseignant chercheur. Il se décida à aller chercher dans le couloir la jeune femme qui devait déjà l’attendre.

Il étira ses presque deux mètres et sortit de son bureau. Une charmante jeune femme blonde était effectivement assise dans le couloir et paraissait perdue dans ses pensées.

Elle leva les yeux au son de sa voix et le regarda droit dans les yeux tout en lui serrant la main. L’entretien se déroula normalement, avec ses questions prédéterminées et sans âme alors que lui avait le regard perdu dans les yeux qui le contemplaient, un brin anxieux, de l’autre côté de son bureau. Il avait l’impression d’avoir pris un coup sur la tête mais buvait chaque mot, gravait chaque parole échangée. Il n’avait jamais cru au coup de foudre mais là, il ne voyait pas comment appeler ça autrement. L’entretien s’acheva, le visa était accordé mais il ne pouvait pas la laisser partir comme ça. Il lui souhaita un bon séjour dans son pays puis, comme si un autre avait pris possession de lui, suggéra :

« Mademoiselle, il est l’heure de déjeuner, voudriez-vous aller déjeuner avec moi ? »

Nina, un peu surprise, se dit que ça serait une bonne idée, qu’il était sympathique et que cela ne porterait pas à conséquences. Ils partirent déjeuner dans une des brasseries du quartier et profitèrent du soleil pour s’installer en terrasse. Le déjeuner passa agréablement à parler de tout et de rien, Julian lui parla de New York, du Connecticut et des habitudes de son pays. Il fit rire Nina en lui narrant des anecdotes sur son propre apprentissage du français, sur les pièges de langue de Molière pour un étranger et lui fit découvrir « Mr&Mrs Vandertramp ». Nina le passionna par ses descriptions humoristiques de ses professeurs et de ses amis. Absorbés l’un par l’autre, ils ne virent pas le temps passer et Julian regagna l’ambassade avec deux bonnes heures de retard…et sans aucune esquisse d’une prochaine rencontre même si Julian se faisait fort de la provoquer. Lorsqu’il revint dans son bureau, il décrocha son téléphone et appela sa grand-mère :

« Nana, tu vas être contente, je crois que j’ai enfin rencontré ta future petite fille, la femme de ma vie. »

Au pays des feuilles d’érable Septembre 1998

Arrivée depuis une semaine, Nina ne se remettait pas encore de la beauté du campus. Par la fenêtre de sa chambre, elle contemplait les bâtiments de pierre, les érables et les chênes rouvres qui ombrageaient les pelouses bien tondues. Elle voyait aussi de temps en temps passer des écureuils dont la couleur lui rappelait celle des yeux de ce fonctionnaire du consulat avec qui elle avait déjeuné à Paris, châtaigne bien mûre avec un zeste de flamme et de feu. Elle en rêvait souvent, sans vouloir admettre pourquoi et persuadée de ne jamais le revoir de sa vie. Il avait phagocyté ses rêveries tout l’été contre sa volonté, tel un gentil squatteur.

Le téléphone sonna sur son bureau, elle décrocha et la voix douce et chaude de Julian retentit à son oreille :

  • « Bonjour mademoiselle, ici Julian Mc Knight, vous vous souvenez de moi ? Je ne pouvais pas ne pas vous contacter et vous demander comment la personne à qui j’ai délivrée un visa en France apprécie mon pays… »
  • « C’est une agréable surprise de vous entendre monsieur, mais néanmoins une surprise. »
  • « J’espère que je ne vous choque pas en vous contactant. »

Un silence suivit ses mots puis une conversation qui se termina par une invitation à découvrir New York, invitation que Nina accepta avec joie.

Au bout du rêve Janvier 20… Capitol Hill, Washington DC

« Moi, Clémentine Clayton Mc Knight jure solennellement … »

Maintenant âgés et à la retraite, mariés depuis plus de cinquante ans, Julian et Nina regardait leur fille prêter serment et devenir la première présidente noire des Etats Unis. Dans un coin de sa tête, Nina ne pouvait s’empêcher de penser que tout avait commencé bien des années auparavant par un clic sur le bouton « envoyer » d’un courriel !

Voilà Il y a quelques temps j'ai participé sans succès à un concours de nouvelle. Je suis fière d'avoir tenté mais insatisfaite de ma participation mal relue et qui aurait pu être plus fouillée et moins adolescente... Je vous la livre néanmoins ici et je serai curieuse de vos retours.

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Angélique 01/06/2015 12:42

Coucou, tout d'abord ravie de te retrouver. C'est déjà courageux d'avoir sauté le pas. Moi aussi j'ai participé et je n'ai pas gagné mais la victoire est ailleurs, je n'en dis pas plus, tu le sauras bientôt! :-) On peut toujours faire mieux à force de travail, et tu es sur la bonne voie alors ne lâche rien. :-)

crazyprof 01/06/2015 13:25

Merci ça me donne de la confiance! Biz V.

Miss Blabla 28/05/2015 10:14

J'écris aussi depuis mon adolescence.
La seule fois où, au lycée, un prof m'a imposé de participer à un concours de nouvelles, j'ai ressorti un vieux texte (par manque de temps) qui ne me plaisait qu'à moitié mais c'était une participation et j'ai gagné le prix national.
Les autres fois, quand j'ai voulu écrire des nouvelles pour des concours, que je les ai travaillées, etc, je me suis plantée alors je ne suis pas la meilleure juge mais j'aime bien ce que tu écris !

crazyprof 28/05/2015 10:57

Merci! ça m'encourage. Biz V.

Bernieshoot 21/05/2015 11:32

Pour progresser il est nécessaire de participer et si dans un concours il faut persévérer
cette nouvelle est déjà d’un bon niveau

crazyprof 21/05/2015 12:23

Tu trouves??? Merci en tout cas!