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CRAZYPROF

C'est Dimanche, on écrit, ou plutôt on publie!

23 Février 2014, 20:40pm

Publié par crazyprof

Aujoud'hui, sur une idée de Carene dont je vous conseille le blog, j'ai décidé de tenir une promesse à moi-même: une nouvelle ou un chapitre ici, tous les dimanches (chez elle c'est le vendredi!). Au moins une page que je me serais arrachée, même si écrire est un plaisir. Pour cela, je vais avoir besoin de vous: je vais me nourrir de vos commentaires et je vais vous demander aussi de me proposer des mots ou des phrases à inclure dans le texte, comme chute, comme point de départ...

Alors voilà, je me lance, et je m'excuse d'avance car compte tenu de la semaine passée, mon texte n'est pas très joyeux.


etoile.jpg 

La petite fille qui voulait parler aux étoiles.

 

Une petite blondinette toute craquante dans sa sage robe à smocks bleue, les joues rougies d’avoir joué et couru dehors. Tellement rougies les joues qu’elles donnaient envie de croquer dedans à coup de bisous. Elle sautait à cloche-pied sur le vieux carrelage noir et blanc de la cuisine quand je poussais la porte de cette maison pour la dernière fois. Cette porte de cuisine ouvrait sur un perron de quelques marches qui donnait directement sur un jardin au milieu duquel trônait un vieux poirier chenu dont les branches chargées de fruit touchaient pratiquement terre. La petite fille s’était construit son univers à l’abri de ce vieux protecteur qui lui était devenu maison, cabane, refuge… Elle lui parlait à  l’ancêtre quand elle devisait avec ses poupées qui faisaient dînette. Elle confiait ses joies, ses peines, ses envies, le sourire de son copain G. quand elle l’avait aidé pendant l’interro de math à l’école ce matin. Elle lui racontait les chuchotements de ses parents  et de sa tante quand tatie était venue pleine de larmes se faire consoler par maman qui pleurait elle aussi.  Elle était allée dans la grange la petite fille, elle avait cherché dans la caisse de petits soldats de plombs et de vieilles voitures et elle y avait pris les deux bolides, l’un rouge, l’autre bleu.  Et puis elle avait pris la « nambulance », on ne savait jamais. Et puis elle était allée tracer avec sa petite pelle un beau circuit sous leur vieil ami l’arbre  pour faire faire la course aux deux bolides, et elle s’était assise là, bien sage, attendant que les grands arrêtent de parler, que tatie et maman s’arrête de pleurer et que les gens arrivés dans le camion bleu avec leurs uniformes s’en aillent. Elle avait attendu, attendu la petite fille mais personne n’avait fait attention. Alors elle avait fait la course avec les bolides sur le circuit toute seule comme une grande, même si elle savait qu’elle allait de faire gronder, que ses genoux seraient sales et sa robe pleine de terre… Maman dirait encore qu’elle était un vrai garçon manqué et que décidemment, on ne pouvait pas la quitter des yeux cinq minutes !  

 

Les bolides avaient tellement fait la course et elle y avait mis tellement de cœur que le bolide rouge avait fini par aller percuter le tronc du vieux complice et par toute se cabosser. Toute sérieuse, elle avait fait alors arriver la « nambulance » à toute vitesse avec son gros bruit de sirène rassurante. Il allait être furieux son cousin que sa voiture rouge soit abîmée. Ils allaient encore se battre pour mieux se réconcilier. Il allait lui faire la tête, ça s’était sûr et certain !

Une femme se réveille, en larmes. Elle était retournée dans la maison de son enfance, là-bas, là où ils avaient tant joué. Elle regarde le téléphone posé sur la table de nuit. Il n’a pas bougé cet oiseau de mauvais augure, il est resté là où elle l’avait posé, à bout de nerfs et de larmes, quelques heures plus tôt. Elle entend qui résonne en elle la voix de sa sœur et l’inacceptable vérité. Elle entend le cri de sa mère quand elle a réussi à lui parler. Il avait bien fallu lui dire. Elle prend le téléphone, compose un numéro, écoute sa voix sur la messagerie vocale. Elle rage. Elle sait que là-haut, son cousin, son frère a rejoint d’autres étoiles. Et elle, elle aimerait être à nouveau petite fille et pouvoir leur parler aux étoiles et dire à son cousin, son frère qu’il faut faire très attention avec les jouets des grands.

 

Ceux qui me connaissent un peu savent à qui ce texte est dédié et je le dédie bien volontiers à toutes les étoiles là-haut, toutes les étoiles de ceux qui nous ont quitté trop tôt, trop vite. 

 

 

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