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CRAZYPROF

Déchirure

12 Octobre 2009, 02:48am

Publié par crazyprof

Une fois rentré à chez moi avec la perspective de dix jours sans elle, je fus pris d’une immense fatigue…que je mis d’abord sur le compte de cette semaine durant laquelle nous avions peu dormi…

Mais la réalité n’en fut que plus cruelle lorsque quelques jours plus tard, toujours fatigué, je me retrouvais après des analyses chez mon spécialiste…et le choc fut rude… J’avais en effet franchi la ligne entre la séropositivité et la maladie…Et cela changeait tout…

Je passais deux nuits blanches à me demander ce que je devais faire… Et si j’avais le droit d’imposer ça à Ninon. Je ne voulais pas qu’elle devienne mon infirmière. Et comme de toute façon elle allait souffrir, autant la faire souffrir maintenant une bonne fois pour toute.

Je ne savais pas où j’allais trouver le courage de lui faire du mal mais il le fallait. Je décidais d’attendre sa visite quelques jours plus tard, ses écrits terminés, pour au moins lui annoncer en face, même si je ne lui dirais pas toute la vérité.

J’allais la chercher à la gare et dès son arrivée, elle sentit que je n’étais pas dans mon état normal. J’attendis néanmoins que nous soyons seuls pour lui parler et mes mots la laissèrent sans forces, comme vide. Compte tenu de l’heure, elle ne pouvait pas repartir ce soir là et nous passâmes une nuit blanche. Je la remis dans le train le lendemain non sans l’avoir serrée désespérément dans mes bras. Elle n’avait pas dit plus de trois mots durant ces quelques heures, enfermée dans un mutisme inquiétant. Sachant que Léa était chez mes parents, j’allais la rejoindre et lui racontais tout, j’avais besoin de son réconfort. Et je me pris l’engueulade de ma vie :

« Tu te rends compte qu’elle va être toute seule pendant deux jours minimum pour gérer ça ! Personne n’est là jusqu’à nos résultats d’écrit mardi matin…Tu es inconscient de lui asséner un tel choc et de la laisser complètement seule comme ça. »

Elle essaya d’appeler Ninon pour voir si elle répondait au téléphone. Pas de réponse, juste le répondeur. Elle appela alors Pierre, le plus proche de Ninon et lui raconta tout. Il la rassura en lui disant qu’il préparait ses affaires et qu’il partait.

Il me raconta plus tard qu’il l’avait trouvé sans forces, sans larmes mais les yeux hagards. Il avait passé plusieurs heures à la consoler avant qu’elle ne pleure enfin et qu’elle ne se remette à parler autrement que par monosyllabes qu’il fallait littéralement lui arracher. Il resta avec elle, la calmant quand elle se réveillait en pleurs au bout de quelques minutes ou de quelques heures quand, de fatigue, elle cherchait refuge dans le sommeil.

De ma vie je ne revis Ninon que deux fois et cela fut très difficile pour tous les deux. Léa s’occupa de moi mais j’essayais d’oublier ma douleur, fort de la certitude que j’avais fait du mieux pour elle. Et puis, j’avais un autre combat à mener, même s’il était perdu d’avance.

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Distance 16/10/2009 12:37


J'aurai bien du mal à te prendre pour une folle puisque longtemps j'ai eu également cette impression (mon ange gardien était ma grand-mère maternelle...)

Bon weekend à toi Ninon!


crazyprof 16/10/2009 19:10


Hazard ou coïncidence, j'aurais hésité avec ma grand-mère maternelle en temps qu'ange gardien...
Bon week end
Biz V.


Distance 15/10/2009 16:57


Que dire?
Je termine à l'instant la lecture du fichier que tu m'as envoyé, de cette part de toi, de ton histoire..., et il y a tant à dire et si peu à la fois.

Ta rencontre avec lui a été ce que j'appelle "une belle rencontre", tant elle paraissait improbable pour l'un et l'autre.
De même, pendant tout ce temps que dura votre relation, on ne peut y voir que du merveilleux, celui mêlant le précieux mélange de la surprise des désirs, des doutes qu'ils engendrent et, pourtant,
des pas qu'ils font faire jusqu'à enfin être assouvis.

Mais face à la maladie, de surcroît mortelle, je crois qu'il ne se peut plus de merveilleux tant, déjà, la mort est là. Aussi, face à elle, comment se placer, comment se situer, car je pense que
c'est bien notre idée de la mort qui fait notre idée de la vie, celle qui nous est propre comme celles de ceux qui sont en face de nous, conditionnant ainsi grandement nos choix de vies et les
actes qui en découlent.

Je pense que toi et Adrien n'étiez pas dans la même posture face à sa maladie. Lui n'était plus que "dans" sa mort (et donc la mort de tout, de votre union y compris)(peut-être parce qu'il
considérait la mort comme une fin définitive, absolue, totale, radicale), tandis que toi tu étais face à lui, lui cet être vivant, donc dans la vie.
A partir de là, face à deux "conceptions" existentielles si dissemblables, je comprends autant sa décision de rupture que ton sentiment à cet égard. Je crois les deux attitudes parfaitement
légitimes et je ne me hasarderai pas à les juger.

Cependant je suis au moins certain d'une chose, c'est que toi tu es en vie et que, contrairement à Adrien (peut-être), tu peux faire le choix de nourrir l'espoir, tes demains étant toujours
ouverts. Et l'espoir, qu'est-ce, si ce n'est un désir qui nous pousse à agir pour le "matérialiser"?

Crazy, je te dis encore merci de m'avoir envoyé ce texte qui m'a permis de te connaître un petit peu plus.

Amicalement.


crazyprof 15/10/2009 18:47


De rien, et ta réaction me fait plaisir. Plusieurs années plus tard, avec du recul et plus de maturité, c'est vrai que je juge et que je ressens les choses de manières différentes. Je comprends
mieux ce que lui a pu ressentir et les choix qu'il a pu faire.
ça n'était pas forcément facile à raconter mais cela m'a fait du bien, cela a aussi mis les choses en perspective et cela m'a permis de prendre du recul.
Mais l'histoire n'est pas finie, il en reste quelques chapitres...
Cela m'a fait aussi du bien de raconter les choses de son point de vue à lui.
Mais certaines choses resteront un mystère et c'est aussi bien .
Me prendrais-tu pour une folle si je te disais que je pense qu'il est un peu maintenant comme mon ange gardien.
Amicalement
V.


Distance 13/10/2009 02:03


Et bien si tu es d'accord, je veux ton fichier word (la lecture sera plus aisée).

Amicalement.


crazyprof 13/10/2009 04:06


Pas de soucis, sauf qu'il doit rester quelques fautes de frappe etc... dedans mais je te l'envoie. Biz V.


Charlotte 12/10/2009 21:05


C'est terrible, il gagne en maturité juste au moment où tout est devenu impossible. ET c'est terrible de tout briser comme ça, n'aurait-il pas pu lui expliquer?
Tu dois être un peu mélancolique après avoir publié ce post. Belle nuit toute douce et bon courage pour demain!


crazyprof 12/10/2009 21:54


Merci charlotte... et je peux te dire que oui, un peu mélancolique mais ça va. Belle nuit à toi aussi Charlotte.


Distance 12/10/2009 15:55


Je n'ai pas bien cerné le lien qu'il y avait entre Ninon et l'auteur, pas plus que je ne sais comment lire ce texte. Est-ce du vécu, le tien, celui de quelqu'un d'autre?

Quoiqu'il en soit, j'appelle cela une situation peu soutenable, voire insoutenable que d'être face à un être cher dont nous apprenons brusquement que ses jours sont peut-être comptés.

L(existence n'est pas un long fleuve tranquille, très loin de là...


crazyprof 12/10/2009 18:09


Va voir dans les billets précédents tous ceux (sauf un) qui sont classés création correspondent à cette histoire.
Sinon, oui il y a un lien parce que je suis la Ninon de l'histoire... mais prends la depuis le début, tu comprendras mieux ou si tu veux je t'envoie mon fichier sous word...
Biz V.


Mam'Julie 12/10/2009 12:18


ouch ... dur dur ton billet ... J'espère, enfin, je crois que Ninon s'en est remise même si elle n'a pas oublié et qu'elle (tu) as put construire sa vie.
Bizz


crazyprof 12/10/2009 18:10


Oui effectivement... mais il y a encore une suite donc le lien sera fait...
Biz V.