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CRAZYPROF

L'insouciance (rediff) 1

3 Juillet 2010, 18:12pm

Publié par crazyprof

 

L’atmosphère ensoleillée était étouffante sous les verrières du grand hall. Le petit millier de candidats planchait depuis une petite heure, soupirant et stressant devant les pièges que leurs futurs professeurs avaient concoctés. Ils s’étaient jaugé du regard à leur entrée dans la salle, évaluant les chances de chacun et le nombre de concurrents par rapport au nombre de places en première année : environ un sur quatre parmi eux reviendrait début octobre faire sa rentrée. Beaucoup d’entre eux ne connaissaient pas la ville de Primas et à quelques semaines du bac, très peu d’entre eux aurait l’occasion de la découvrir ce jour-là.   Ils avaient déjà passé la première épreuve, celle de la sélection sur dossier et ils affrontaient maintenant les écrits. Comme tous les élèves de terminale de France, la principale angoisse de l’année n’était pas celle de l’examen en fin d’année mais celle de l’avenir, des décisions à prendre et des choix à faire. Leur présence en ce samedi matin de mai était un premier pas, une espérance de se retrouver au même endroit à l’automne.  Pendant que les jeunes couvraient des pages et des pages, leurs parents étaient reçus par la directrice et les professeurs, histoire de les convaincre de payer les frais de scolarité de leur progéniture. Les spéculations et les rêves éveillés allaient bon train.

Les enjeux n’étaient pas forcément les mêmes pour tous : certains voulaient vraiment cette école, d’autres voulaient ces études là et l’éloignement familial. Les motivations étaient diverses, variées, exotiques et parfois purement l’envie de s’envoler du nid.

Ils arrivaient tous avec leurs passés, leurs failles, leur envie de grandir ou pas et leurs forces. Ils allaient faire le grand saut, quitter leur univers familiers, certains avec joie, d’autres à regret… ils étaient tous différents mais quelques années allaient les réunir. 

Qui suis-je pour raconter cette histoire ? Je ne sais pas, et en ai-je le droit ? Oui puisque c’est aussi la mienne, alors disons que c’est ma vision des choses déformée par le filtre de mes émotions et du temps.

Nous étions donc plusieurs à la rentrée en octobre à avoir franchi le barrage du concours et à nous retrouver dans ce même hall au milieu des autres pour commencer une année dont on ne savait pas ce qu’elle nous réservait !,

Le premier dont je fis la connaissance était Pierre, il se trouva que nous nous rencontrâmes devant le bureau de notre responsable d’année puis dans celui de la directrice : et oui, fous que nous étions tous les deux, nous avions décidé de demander à commencer la même troisième langue. Ensuite, en discutant, nous nous rendîmes compte qu’en plus nous étions voisins, mon petit appartement étant à une centaine de mètres de sa chambre d’étudiant. Il était plus grand que moi, mince, presque maigre et avait sur la tête une espèce de choucroute moitié blonde moitié brune. Nous fîmes rapidement les trajets ensemble et je découvris peu à peu son  amour de la musique et sa  personnalité plus audacieuse que la mienne. Je me souviens de notre premier pari dont une de nos camarades fut la victime innocente… Je n’en suis pas très fière et je ne vous le raconterai donc pas mais il nous fit bien rire. Nous n’avions pas encore dix-huit ans ni l’un ni l’autre et notre relation fut vite placée sous le signe de l’amitié, peut-être parce que, même à distance, j’étais encore avec mon petit-ami du lycée qui lui commençait ses études sur Paris.

 

Durant les week-ends, je découvrais la ville de Primas avec délice, faisant de longues ballades et en profitant pour assouvir ma passion du cinéma. Comme je tenais à mes études, je travaillais aussi beaucoup au départ pour résister à la pression mise en permanence sur nous par nos professeurs. J’avais voulu l’autonomie loin de ma famille adorable mais étouffante, j’étais servie ! Mon grand-père était décédé dans l’été, j’avais finalement fait l’amour jusqu’au bout pour la première fois et je me retrouvais enfin dans autonome, libre de gérer ma vie et mon temps. J’avais l’impression de grandir à toute vitesse, de devenir adulte. C’était une illusion, j’avais encore beaucoup de chemin à parcourir et même aujourd’hui je sais que j’en ai encore. Je ne le compris pas tout de suite mais mon petit-ami vivait la même chose de son coté et la distance commença à faire son œuvre.

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